Le chien Fugueur

Les fugues (des chiens)

Si le thème des fugues est l’objet de nombreux articles et conférences, il nous a semblé manquer d’une démarche pratique de questionnement en consultation, qu’il s’agisse de démarrer une consultation de comportement dont les fugues seraient le motif, ou d’amorcer un questionnement en consultation généraliste (pour éventuellement amener en consultation de comportement…).


Nous sommes partis de 2 documents,
un article de Valérie Dramard,
une extrapolation effectuée par Dominique Ranson,
qu’elles soient remerciées de leur travail, qui préparera le nôtre.


 

Nos objectifs :

  • Identifier les motivations à partir
  • Déterminer le traitement à partir de ce motif
  • Intégrer la fugue dans un tableau de symptômes
  • Voir dans quels diagnostics nosographiques la fugue peut figurer

La fugue peut être la motivation de la consultation, ou figurer simplement dans les symptômes sans représenter un problème aux yeux des propriétaires.

Dans tous les cas, l’exploration sémiologique complète semble nécessaire pour dresser le tableau émotionnel du chien. Cependant les premières questions vont s’intéresser spécifiquement à la fugue : séquence, fréquence, contexte, solution déjà adoptées.

Définition :

Il y a fugue lorsque le chien échappe au contrôle du maître ou quitte l’espace qui lui est attribué. Les limites sont définies par le maître.
Il y a donc divagation, ce qui différencie clairement la fugue du « manque de rappel ».
Les notions de temps, de durée, de distance sont importantes.

Questions :

1. Qu’appelez-vous une « fugue » ?
2. En quoi est-ce gênant ?
3. Quelles solutions ont déjà été essayées ?
4. Contexte concret des fugues : de son départ à son retour
5. Selon le propriétaire, le chien identifie-t-il les limites qui lui sont attribuées ?
6. Y a-t-il d’autres comportements gênants ?
7. Reprendre les éléments de contexte de toutes les questions précédentes pour organiser le questionnement et compléter le tableau sémiologique.

0012541. Qu’appelez-vous une « fugue » ?

La définition des propriétaires n’est pas forcément la nôtre. Il vaut mieux clarifier ce point dès le début de l’entretien.

2. En quoi est-ce gênant ?

Cela va aider à déterminer les attentes des clients. La pression extérieure de voisins excédés est différente de la peur d’un accident pour le chien ou provoqué par le chien…
Anecdote : Dominique a eu un chien amené par son maître et par les gendarmes car le chien était suspect d’avoir tué des canards. La propriétaire affirmait avec véhémence que son chien «n’avait pas pu faire ça » jusqu’au moment où après injection d’apomorphine le chien a rejeté un mélange d’os et de plumes…

3. Quelles solutions ont déjà été essayées ?

Point essentiel avant d’envisager de faire des propositions, et éclairage de la motivation et de la détermination du chien.

4. Contexte concret des fugues : de son départ à son retour

Temps : à quel moment ont-elles lieu, régulier, occasionnel…

  • Lieu : d’où part le chien, où va-t-il ?
  • Interactions : propriétaires présents ou pas, tentatives pour le retenir, pour le rechercher, attitudes au retour…
  • Etat réactionnel du chien : intensité des réponses aux stimulations extérieures, état physiologique (sexuel notamment)…
  • Activité lors de la fugue, si elle est connue.

Remarque : un même chien fugue-t-il toujours pour la même raison ?

5. Selon le propriétaire, le chien identifie-t-il les limites qui lui sont attribuées ?

Le chien enfreint-il un interdit connu ou se contente-t-il d’exploiter un territoire dont il a fixé lui-même les limites ?
De nombreux cas de respect de limites symboliques : le chien qui respecte un portail alors qu’il n’y a pas de clôture autour, respect du portail même s’il est ouvert.

Il semble que le chien « comprend » le territoire du maître, que bien souvent il s’attribue le même mais que ce n’est pas automatique…

A ce stade nous ne sommes pas avancés quant au profil émotionnel du chien ! Les questions spécifiques de la fugue ne permettent pas de dresser un portrait du chien…

6. Y a-t-il d’autres comportements gênants ?

Amène naturellement vers des questions sans relation avec le motif principal. Suggère que la fugue peut s’intégrer dans un tableau plus complexe.

7. Reprendre les éléments de contexte de toutes les questions précédentes pour organiser le questionnement et compléter le tableau sémiologique.

Plusieurs remarques :

  • Peut-on parler de fugue si le chien échappe simplement au contrôle du maître durant une promenade ?
  • L’aire de déplacement sous le contrôle du maître est fixe lorsqu’il s’agit du domicile, elle est mobile et fluide, selon l’ascendant du maître sur le chien, durant les promenades. Quelle est la convention de distance ? Quelle est la distance de rappel définie par le maître ? Est-elle clairement identifiée (et respectée) par le chien ?
  • Les fugues en groupes son fréquentes : émulation, apprentissage par imitation…
  • Quid des chats ? On ne parle pas de fugue. Les limitations territoriales humaines n’ont pas de sens pour le chat.
  • Prédisposition raciale : les chiens nordiques sont-ils moins aptes que les autres à se limiter aux zones définies par leurs maîtres ?
  • La responsabilité civile des maîtres est pleinement engagée en cas de divagation, en plus d’une amende éventuelle. Il faut parfois le leur souligner…

Quels sont les processus impliqués dans les fugues ?

  • Les phobies > fuite de peur
  • L’hyperactivité > le chien suit ses intérêts successifs
  • L’attachement > ne pas se sentir attaché au groupe, ou au contraire tenter de suivre le maître, de le retrouver
  • La reproduction (processus physiologique celui-là)
  • Les troubles hiérarchiques > choix des limites territoriales

Hypothèses nosographiques :

Avec retour spontané :

Sociopathie
Défaut d’attachement au groupe

Sans retour spontané :

HSHA
Prédation
Phobie > peur
Troubles du vieillissement

Eléments thérapeutiques spécifiques :

Toute une liste de suggestions, à évaluer en fonction du contexte et du chien

  • Obéissance de base, qui contribue à créer des liens d’attachement
  • RSD pour diminuer l’autonomie du chien
  • Enclos (temporaire)
  • Disruption au moment de la sortie (mais il faut être présent)
  • Collier électrique ( ?) – signal sonore
  • Clôture électrique (modèle à vache)
  • Clôture électrique (enterrée)
  • Féliciter si « pris » au retour
  • Soumettre à la tentation, en ayant placé une longe, ou un collier disruptif
  • Faire le tour des limites en laisse, afin de les matérialiser
  • Franchissement de ces limites exclusivement en laisse, avec un « assis » avant
  • Créer des activités, des interactions entre le chien et les maîtres (donc créer des attentes et fournir des occupations)
  • Le boucler régulièrement, pour habituer à des espaces contrôlés
  • Travailler le rappel
  • Psychotrope selon le diagnostic fonctionnel, en général antiproductif.

Toutes ces réflexions vont faciliter la prise en charge structurée des questions sur les fugues dans les contextes variés du comptoir, de la consultation et de la consultation spécialisée…